Un long corridor divise l’appartement en deux. D’un côté la salle de séjour, de l’autre la cuisine et les chambres. J’ai quatre ou cinq ans. Je suis seul dans ce couloir. Pendant des heures. Je suce sûrement mon pouce et je serre contre moi « Ninic », mon ours en peluche préféré. Il y a aussi ce bruit insupportable, ce trépignement mécanique horripilant. Je ne suis pas seul dans l’appartement. Mes parents me confient le jeudi, jour de fermeture des écoles, à une femme qui passe sa journée sur une machine à coudre. Elle ne s’occupe pas de moi, ne voit probablement en moi qu’un complément de revenus. Dans ce couloir, j’ai appris la solitude, l’ennui devenu comme une habitude. Sans doute en arpentant ces quelques mètres, mon esprit a-t-il inlassablement examiné les motifs du papier peint ou l'agencement du plancher, inspecté tous les coins et recoins de ce corridor. Des années plus tard, lorsque je m’interroge sur mon peu de sociabilité, sur cette indifférence envers les autres, je me dit que tout vient de là, de ce couloir…

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